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Dans un rapport publié le 13 février dernier par HRW : Les difficultés et faiblesses de la CENI dévoilées

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Le document fait état de l’insécurité qui a entravé le processus d’enrôlement, du matériel qui aurait été volé dans certains villages à l’Est du pays, alors que la compétence des fonctionnaires de la centrale électorale est mise en cause

L’opération d’enrôlement et d’identification en cours en RD Congo est entravée par l’insécurité et des difficultés logistiques, a relevé la directrice pour l’Afrique centrale, Ida Sawyer, dans le rapport de l’organisation internationale Human Rights Watch publié le 13 février 2017. Ainsi, dans ce rapport, cette activiste des droits de l’homme décrit les difficultés de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante).

D’entrée de jeu, il a été relevé que la centrale électorale, au lieu de se contenter d’inscrire les jeunes ayant atteint la majorité depuis les élections de 2011 et les membres de la diaspora désormais autorisés à voter, a décidé de partir de zéro et de recréer la totalité du fichier électoral, dans le but affiché, selon ce document, de «nettoyer» les listes électorales et de remédier aux accusations de fraude.

Le  rapport soutient que certains y voient une tactique du gouvernement pour retarder une fois de plus les élections.

Depuis la semaine dernière, la CENI a annoncé l’enrôlement jusqu’ici de 13 millions d’électeurs. Cela, pendant que la fin de l’enrôlement est prévue à la fin du mois de juillet 2017.

Pour rappel, en 2011, il y avait environ 32 millions de personnes inscrites sur les listes électorales. Ce processus était entaché par de nombreuses et graves difficultés d’ordre sécuritaire et logistique, selon le même rapport. Pour le cycle électoral 2017, la CENI projette l’enrôlement de plus de 42 millions d’électeurs.

Présences de groupes armés

La présence de groupes armés dans de nombreuses parties de l’Est de la RD Congo constitue l’un de plus gros défis à la campagne d’enrôlement. À Lubero, au Nord-Kivu, le groupe armé «Mai Mai Guidon» serait présent dans plusieurs villages où se déroule l’enrôlement.

L’administrateur du territoire, Bokele Joys, a déclaré sur une radio émettant depuis Kinshasa, et des activistes de la région ont informé Human Rights Watch, que des combattants de «Guidon» auraient essayé d’empêcher l’enrôlement des membres de leur principal ennemi, les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) en grande partie d’ethnie Hutu, ainsi que les personnes soupçonnées de sympathie pour ces dernières.

Aussi, le 19 janvier, les combattants de «Guidon» ont enlevé trois fonctionnaires de la CENI dans le village de Fatua. Ils ont été libérés depuis. Selon des activistes locaux, les groupes armés Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) et «Nyatura» ont aussi fait obstacle au processus d’enrôlement dans le territoire de Masisi.

Plus au nord, dans la province de l’Ituri, le groupe armé du Front de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI) a attaqué un centre d’enrôlement à la mi-janvier, et kidnappé un agent de la CENI. De nombreux groupes armés, dont «Raia Mutomboki» et «Nyatura», ont aussi attaqué des centres d’enrôlement dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu, notamment dans les villages de Chibinda, Lumbishi, Lwana, Mianda, Mukaba, Muuna, Maibana, Makutano, et Matutira.

L’insécurité a aussi entravé le processus d’enrôlement à Walendu Bindi, dans la province de l’Ituri ; à Beni, Bwito et Walikale dans la province du Nord-Kivu ; à Kabare et Shabunda dans la province du Sud-Kivu ; ainsi qu’à Nyunzu dans la province du Tanganyika.

Les fonctionnaires de la CENI sont confrontés à de nombreux défis en matière de logistique et de ressources. Dans le village de Milimba, en territoire de Fizi, les fonctionnaires ne disposent pas du matériel nécessaire pour plastifier les cartes d’électeur.

À Kibombo dans la province du Maniema et à Sandoa, dans la province du Lualaba, il a été difficile de procéder à l’entretien des générateurs nécessaires pour produire de l’électricité dans les lieux d’enrôlement, tandis que du matériel aurait été volé dans les villages de Kabara et Kaniola en territoire de Walungu, au Sud-Kivu. Dans la ville de Fizi, un centre d’enrôlement a été fermé en raison du manque de matériel d’enrôlement.

«Un grand nombre d’activistes avec qui nous nous sommes entretenus nous ont fait part de leur inquiétude concernant le nombre limité de centres d’enrôlement censés couvrir d’aussi vastes territoires, souvent dans des lieux éloignés, peu sûrs de surcroît, ne disposant que de mauvaises routes et de peu d’options de transport», a soutenu Ida Sawyers.

Les personnes vivant à Vurondo, en territoire de Beni, par exemple, doivent parcourir à pied près de 20 kilomètres pour parvenir au centre d’enrôlement le plus proche situé dans le village de Butuhe, s’exposant, ce faisant, à des barrages routiers et à d’autres risques pour leur protection, sur leur chemin. Dans la région de Mpati située dans le territoire de Masisi, il n’y a qu’une machine d’enrôlement pour des milliers de personnes.

La compétence des agents de la CENI mise en cause

Plus au sud, dans la province du Haut-Katanga ainsi que dans la province de l’Équateur, dans l’ouest du pays, des personnes se sont plaintes que les fonctionnaires de la CENI n’avaient pas la formation ou les compétences nécessaires pour exécuter convenablement le processus d’enrôlement. Des problèmes d’ordre logistique et administratif ont également été signalés dans les provinces de Sub-Ubangi et Mongala, dans l’ouest de la RD Congo.

Dans des parties du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, il y a eu des rapports selon lesquels la CENI n’employait que des membres d’une communauté ethnique et discriminait contre les membres d’autres groupes ethniques.

Dans de nombreuses régions du pays, les activistes font remarquer que des efforts trop limités ont été faits pour informer la population sur le processus d’enrôlement. À Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, les observateurs s’inquiètent du manque de participation des femmes en particulier.

Dans la province de l’Ituri, de nombreuses personnes se sont délibérément abstenues de participer à un processus qu’elles estiment illégitimes.

À Masisi (Nord-Kivu), les agents de la CENI auraient demandé 2000 francs congolais (environ 2 dollars US) par personne, pour obtenir une carte d’électeur; des faits similaires ont été rapportés dans des régions des provinces de l’Ituri et du Haut-Katanga. Il est illicite de faire payer des personnes pour un enrôlement.

Dans certains lieux du Masisi, des personnes auraient payé des agents de la CENI pour se faire enrôler plusieurs fois. Des fonctionnaires de la CENI se sont aussi plaints de ne pas être suffisamment payés dans le territoire de Beni, ou de travailler dans des conditions précaires sans protection suffisante, dans des parties du Rutshuru, au Nord-Kivu.

Il sera critique pour assurer la légitimité des futures élections, de disposer d’un fichier électoral crédible et de faire en sorte de donner à tous les électeurs admissibles des chances égales et justes de se faire enrôler.

Le gouvernement congolais, de concert avec les partenaires internationaux, devrait agir dès maintenant pour améliorer le processus d’enrôlement, notamment en œuvrant à sécuriser les lieux d’enrôlement et en fournissant un personnel et du matériel suffisant pour enrôler de manière efficace tous les électeurs admissibles. La réussite de ce processus tient peut-être avant tout à une véritable volonté politique.

Par El-kas

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