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Au cours de son entretien spécial avec la presse : Alexis Mutanda propose un mausolée pour Tshisekedi dans une concession à N’sele

Alexs Mutanda

Il pense que cet endroit peut devenir un site touristique pour honorer le père de la démocratie congolaise!

Le député national Alexis Mutanda a toujours donné, de manière ponctuelle, son point de vue ou ses points de vue sur des questions d’actualité dans le cadre de ce qui est qualifié de «spécial entretien».

Outre le 20ème anniversaire de l’entrée à Kinshasa de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), célébré le 17 mai dernier, l’élu de Mbuji-Mayi a livré aussi ses pertinentes analyses sur la situation politique actuelle du pays, sur l’apport de ses trois entreprises de presse que sont La Tempête des Tropiques, Canal numérique Télévision et Trinitas-FM, en sa qualité de patron de presse, ainsi que de ses deux autres structures, la FAM (Fondation Alexis Mutanda) et l’ADAM (Association des Amis d’Alexis Mutanda).

Le secrétaire général honoraire de l’UDPS (Union pour la Démocratie pour le Progrès Social) n’a pas manqué de donner également son point de vue sur plusieurs reports du rapatriement au pays de la dépouille du «Père de la démocratie congolaise», le premier docteur en droit congolais, Etienne Tshisekedi, décédé depuis le 1er février 2017 à Bruxelles, en Belgique.

Ci-dessous l’intégralité de cet entretien.

Question: Il y a exactement 20 ans que l’AFDL entrait à Kinshasa avec Laurent-Désiré Kabila à la tête. La veille, c’était la fuite et la fin du régime du Maréchal Mobutu. Les armes étaient-elles l’ultime recours pour chasser feu le Président Mobutu au pouvoir depuis près de 32 ans?

Alexis Mutanda: l’AFDL venait juste de parachever le travail réalisé jusque-là par l’opposition non-armée à cette époque, qui avait fait un travail en profondeur. Je reconnais que l’UDPS, bien qu’en tête, n’était pas la seule à avoir accompli cette tâche. D’autres partis politiques, comme le Palu (Parti lumumbiste unifié), ont aussi joué un rôle important. Il a rappelé aussi qu’à l’époque, il n’y avait plus beaucoup de Congolais qui croyaient encore en Mobutu. Ce qui a abouti à «une promenade de santé» pour les troupes de l’AFDL lors de leur entrée à Kinshasa.

Il y avait, en outre, deux actions spectaculaires avant l’arrivée de l’AFDL. Le discours de Mobutu sur l’ouverture de l’espace politique du 24 avril 1990, qui avait entrainé la renaissance du multipartisme dans le pays, et la tenue à Kinshasa de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) en 1991 et 1992. Ce dernier forum avait réuni les Congolais à travers leurs différents représentants.

Aussi, la CNS avait mis en place un programme et avait permis l’élection du Premier ministre Etienne Tshisekedi. Mais Mobutu avait tout fait pour freiner l’élan que le pays était en train de prendre à cette époque. Entre-temps, il était, lui-même, affaibli par une maladie incurable. C’est ainsi que l’AFDL avait réussi à parachever le travail commencé par l’opposition non-armée.

Question: Certains observateurs retiennent que la lutte non-armée a des limites. L’UDPS votre parti a loupé l’occasion de prendre le pouvoir tout simplement parce qu’elle n’avait pas une branche armée. N’ont-ils pas raison?

A.M: Je loue la méthode de «lutte non-armée» entreprise par l’opposition. Je pense à Savimbi, ce rebelle angolais, qui avait opté pour la lutte armée, mais dont la méthode s’était retournée contre lui, parce qu’il a été tué après plusieurs années de rébellion dans son pays. Et pourtant, Savimbi avait bénéficié des soutiens financiers, militaires et matériels des puissances internationales, comme les Etats-Unis d’Amérique.

Il avait même le soutien de Mobutu dans l’achat d’armes de guerre. Pour mener une rébellion, il faut avoir tous ces soutiens. L’AFDL avait le soutien de presque tous les pays limitrophes pendant sa rébellion. Le Rwanda avait même servi de base arrière pour ses troupes. Cela pour dire que la rébellion n’est pas une chose facile.

Aussi, les pays qui ont soutenu l’AFDL, notamment l’Angola, l’Ouganda et le Rwanda font n’importe quoi en RD Congo pour le moment. Bénéficier du soutien pour mener une rébellion fait perdre à un pays sa souveraineté. L’UDPS avait choisi sa méthode de route.

Question: Le 17 mai 1997, la population accueillait l’AFDL dans une liesse sans mesure, parce qu’elle s’estimait libérée. Etait-ce une erreur d’appréciation? Et qu’en est-il de cette euphorie aujourd’hui, 20 ans après?

A.M.: Je reconnais par ailleurs que l’entrée à Kinshasa de l’AFDL avait créé une euphorie auprès des populations, mais vite elles ont été désillusionnées. L’entrée de l’AFDL ne pouvait que créer la liesse parmi les populations, qui étaient déjà fatiguées de Mobutu, qui leur avait imposé même la façon de s’habiller.

Tout ce que disait Mobutu avait d’office force de loi. Les Congolais étaient presque chosifiés. Raison pour laquelle le départ de Mobutu avait provoqué la liesse parmi les populations. Mais certains leaders politiques de l’époque avaient compris les choses bien avant, qu’il ne fallait pas faire confiance à l’AFDL.

Question: Dans tout ceci, l’homme le plus déçu était feu Etienne Tshisekedi. Tous les efforts pour rencontrer Laurent-Désiré Kabila s’étaient avérés vains. Les multiples déclarations et mémos de l’UDPS avaient leur place dans les tiroirs. Est-ce l’irréparable erreur que M’zée avait commis?

A.M: L’AFDL avait dans ses rangs des personnalités qui représentaient leurs pays qui soutenaient la rébellion, qui attendaient que le pouvoir soit pris pour réclamer la paie de la facture. Le peuple congolais continue à payer cette facture. Voyez ce que l’Angola fait au niveau de l’embouchure, dans le Kongo-central, l’Ouganda au niveau du lac Edouard, le Rwanda au lac Kivu…

les minerais congolais comme les cassitérites, le coltan et autres sont vendus par les pays voisins! Aujourd’hui, le pays paie la facture de ce que certains qualifient de «libération», s’est-il exclamé! Les incursions sont faites dans ce pays par les armées extérieures, qui traversaient la RD Congo pour réprimer leurs ennemis, qu’ils qualifiaient des forces négatives de ces pays voisins.

Question: Réalisez-vous que les attentes de la population ont été prises en compte?

A.M: A l’époque de Mobutu, on utilisait le chemin de fer pour acheminer les minerais de Lubumbashi jusqu’à Kinshasa, un chemin de fer qui marchait… La Gécamines, ce fleuron économique jadis pour l’ex Zaïre, est aujourd’hui totalement bradée. La RD Congo est jetée aujourd’hui dans le ravin par l’AFDL! La population avait compris qu’elle remplaçait Saint Pierre par Saint Paul!

Question: Aujourd’hui, pouvez-vous affirmer ou infirmer que le pouvoir en place est la continuité ou le prolongement de l’AFDL? Quels en sont les indices?

A.M: On ne sait pas dans quel domaine des progrès ont été réalisés. Dans l’import-export, même le café n’est plus exploité, la Gécamines dont les produits arrivaient à Kinshasa par rail, puis par fleuve et par rail encore pour atteindre le Kongo-central, rien ne se fait. Tout passe aujourd’hui par Kasumbalesa, et rien n’est contrôlé! Le chômage bat le record avec des licenciés, gradués et autres ingénieurs qui, après avoir terminés les études, sont plongés dans le chômage.

Question: Le 17 mai est également l’anniversaire de Canal Numérique Télévision, l’un des trois organes de votre groupe de presse. Quels étaient les motifs qui ont milité en la création de cette chaîne?

A.M: La chaîne Canal Numérique Télévision (CNTV) est née plusieurs années après La Tempête des Tropiques, qui est un quotidien. CNTV est donc venu à point nommé pour contribuer à l’amélioration de l’information dans le pays. Cette chaîne contribue à donner la bonne information, permet au peuple de se doter d’un bon avenir!

Question: Vous venez récemment de doter votre chaîne CNTV d’un plateau ultramoderne, des matériels de la dernière technologie et de nouveaux locaux. Où trouvez-vous tous ces moyens, alors que vous n’êtes pas au pouvoir?

A.M: Concernant les moyens, je vous donne un exemple simple de Donald Trump qui est arrivé au pouvoir aux Etats-Unis d’Amérique sans avoir été ministre ou gouverneur d’un des Etats des USA. Dans le contexte congolais, beaucoup pensent qu’il faut venir à la politique pour avoir de l’argent.

Dans notre pays, on peut se référer à des personnalités comme Dokolo, Kisombe qui avaient eu leurs fortunes sans être dans la politique. C’est pourquoi je lance un message à la jeunesse d’avoir d’ambition, d’être déterminée dans leurs engagements et de travailler sérieusement pour réussir leur vie. Sans être au gouvernement, on ne peut gagner sa vie!

Question: La Tempête des Tropiques, CNTV et Trinitas-FM qui font partie de votre groupe de presse sont proches de l’opposition. Comment parviennent-ils à survivre, alors qu’ils ne sont pas subventionnés par l’Etat?

A.M: Il faut relever une chose aujourd’hui, la liberté de la presse est limitée. Combien de journaux, de télévisions et de stations de radio sont fermés ?

Ces medias sont toujours sur le qui vive pour livrer certaines informations. Prenons l’exemple de l’affaire de détournement de fonds où des personnalités de ce pays ont été impliquées, mais que la presse n’a pas pu exploiter par peur de représailles. Même l’affaire de détournement de fonds de la CENI au niveau de BGFI Bank, qui n’a presque été exploité par la presse.

Question: Etes-vous satisfait du travail que réalisent vos entreprises de presse?

A.M: Je suis satisfait dans ce que nous disposons d’un personnel qualifié qui fait un travail de qualité dans ces trois entreprises. Les conditions doivent être améliorées pour permettre à ceux qui travaillent de donner encore le meilleur d’eux-mêmes.

Question: Que de report en report du rapatriement de la dépouille du Sphinx de Limete, Etienne Tshisekedi, à telle enseigne que la population se demande s’il faut encore un arrangement particulier pour qu’il soit enterré sur le sol de ses ancêtres. A votre avis, qui bloque la machine et pour quel intérêt?

A.M: Qui bloque la machine, ce n’est pas facile à dire. C’est depuis trois mois et demi que le président Tshisekedi est mort. Il n’est pas normal que la place pour l’enterrement de cette grande personnalité pose problème, son corps continue à être gardé dans une morgue en Belgique. Ca fait mal. Le peuple ne comprend rien. On se jette la balle.

A mon avis, on peut trouver une concession à N’sele pour bien construire un mausolée devant servir de site touristique, où les gens peuvent faire le pèlerinage, n’importe qui peut se rendre à cet endroit. La commune de la N’sele n’est pas loin. C’est mon avis, mon idée! La famille doit trouver une solution, ce qui fera du bien à tout le monde, au lieu de laisser longtemps à l’étranger le corps du président du parti.

Question: Le pouvoir s’inquiète du fait qu’il n’est pas associé à l’organisation des obsèques. Est-ce normal que l’UDPS et la famille biologique s’en accaparent? N’est-ce pas réduire la lutte du Père de la démocratie, pendant qu’on pense le défendre?

A.M: Mais qui est cette personne au pouvoir, ou de la famille biologique ou encore de la famille politique qui affirme avoir été écartée, ou qui écarte le pouvoir? Vous faites allusion à Jean-Marc Kabund, actuel secrétaire général de l’UDPS, quand on voit tout ce qui est fait du côté du pouvoir, à un certain moment, on devient nerveux. Quand par exemple, on commençait les travaux du mausolée dans le siège national du parti, le pouvoir est venu faire ce qu’il a fait.
Question: Quel est l’avenir de l’UDPS après la mort de son président?

A.M: L’UDPS est un parti structuré. S’il faut remonter dans l’histoire pour savoir que l’UDPS a été créée par les 13 parlementaires. C’est comme dans un train, chacun descend à son arrêt. L’UDPS a des ramifications partout au pays, mais aussi dans le monde, parce que tout le monde a apporté du sien à sa manière. Aussi, il y a de nombreuses personnes qui sont mortes pour le parti.

Ceux qui sont restés doivent continuer. C’est pourquoi il faut comprendre le sens de la lutte de l’UDPS. Ceux qui ont intériorisé le sens de la lutte du parti  doivent continuer sur base de ces objectifs du parti bien fixés. L’UDPS est un parti monté et mis en place avec des sacrifices de beaucoup de personnes.

Elle est donc un patrimoine commun qui n’appartient à personne. S’il y a des gens qui n’ont pas compris cette philosophie et cette vision de la création du parti, l’UDPS va tomber dans la nature comme le MPR, parti créé par Mobutu, et le Conaco, créé par Moïse Tshombe.

Question: Quelle chance accordez-vous au gouvernement Bruno Tshibala?

A.M: Sourire. Vous les journalistes, vous êtes déterminés à me faire dire des choses! Il faut que le travail de la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo) soit finalisé. Quels sont les objectifs de ces travaux ? Il faut notamment organiser les élections dans le temps imparti par l’Accord du 31 décembre 2016. Concernant le gouvernement Tshibala, il faut l’unité du cabinet.

Mais ici il s’agit d’un gouvernement constitué en grande partie par des Kabilistes, de pur sang, où on vous laisse des ministères de seconde zone. Alors qu’un gouvernement doit être dirigé avec rigueur, fermeté, unité. Si tous ces éléments sont réunis, ok, on peut espérer voir les choses évoluer! J’ai dirigé beaucoup de structures, il faut avoir l’unité et de bons éléments, sinon vous serez roulé dans la farine.

Question: Vous êtes ce qu’on peut appeler aujourd’hui «Autorité morale» de deux mégas structures, la FAM (Fondation Alexis Mutanda) et l’ADAM (Association Des Amis d’Alexis Mutanda). Plusieurs actions en faveur de la population sont réalisées ça et là. N’est-ce pas là un nouveau parti politique en gestation?

A.M: Les Congolais ne voient que ça, parce qu’on rêve devenir Premier ministre, ministre, directeur général. Il faut purifier le milieu. Remontons à l’époque de Mobutu, analysons la situation pour faire comprendre aux Congolais qu’un pays aussi grand, riche avec tout ce qu’il a, on ne peut pas vivre dans des conditions aussi difficiles comme pour le moment.

Si le peuple vit dans la médiocrité, dans la souffrance, il n’y aura rien. C’est l’exemple d’une jeunesse désœuvrée, qui ne va pas à l’école. Mais plus vous élevez le niveau, plus vous donnez les meilleures choses. C’est de cette façon que vous assurez l’avenir de cette jeunesse. C’est le sens de cette association, faire un effort ensemble, parlez avec les acteurs qui vont diriger le pays demain.

Sinon, on va continuer à tourner en rond. Valorisons le Congolais, la jeunesse, la femme. Quand nous aurons acquis cette maturité, nous pouvons espérer un avenir meilleur.

Propos recueillis par Lucien Kazadi T.

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