..."/>

Dauphin : réactions favorables, vigilance recommandée

felix,fayulu,kapiamba et Ndaywel

Partis politiques, société civile, communauté internationale… tout le monde a donné son avis

La désignation du Secrétaire exécutif du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Emmanuel Ramazani Shadary, comme candidat du Front commun pour le Congo (FCC) à l’élection présidentielle, a suscité plusieurs réactions au sein de la classe politique et la société civile congolaise ainsi qu’au niveau international.

La Belgique, l’ancienne puissance coloniale de la RDC qui suit de près la situation politique en RDC, a salué le geste du président Joseph Kabila. Mais la Belgique, par l’entremise de son ministre des Affaires Etrangères, Didier Rynders, s’en tient à la transparence du processus au Congo-Kinshasa. La France a réagit positivement à cette situation et promet de soutenir les initiatives sous-régionales pour la suite du processus démocratique en RDC.

 L’administration Trump a, de son côté, salué la décision courageuse de Joseph Kabila, mais reste très regardante sur la suite du processus électoral. Les USA veulent voir les élections se dérouler de manière transparente et équitable afin de consacrer la première alternance démocratique en RDC. Avec la visite du président sud-africain à Kinshasa, en sa qualité du président de la SADC, nous osons croire que les choses pourront aller vite.

Premier pas et première victoire

  C’est sur twitter mercredi 8 août que les Congolais ont salué une première « victoire » qui va amener à l’alternance à la tête du pays, a dit le président national de l’Union pour la démocratie et le progrès Social (UDPS).

« C’est un pas dans la bonne direction, mais le plus important est à venir. La décrispation, les élections libres et crédibles pour une alternance pacifique, restent les prochains objectifs. Merci aux pays de la région, merci à la communauté internationale, merci au peuple congolais », a dit Félix Tshisekedi, candidat président de la République. De son coté, le Mouvement Citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) qui exige le départ de Joseph Kabila du pouvoir depuis 2016, se réjouit également de l’acte posé par le président sortant.

« Nous avons gagné une bataille importante mais la lutte continue: celle d’une vraie alternance & des élections où voter ne sera pas une formalité, mais l’occasion réelle de CHOISIR nos dirigeants selon nos aspirations, avec la certitude que le résultat reflète ce choix souverain », note ce mouvement citoyen.
Pour sa part, le député national Patrick Muyaya, membre du Parti Lumumbiste Unifié (Palu), a remercié le président Joseph Kabila et salué la mémoire des Congolais morts dans la lutte pour l’alternance du pouvoir.

« La date du 8 août 2018 restera à plusieurs titres historique à l’instar de celle du 24 avril 1990. Que des sacrifices consentis. Tout a un prix et les Congolais en ont payé chèrement pour l’avènement de l’alternance. Reste des élections transparentes. Et le peuple vaincra », a dit l’élu de la Funa.
Quant au député Dany Banza, président l’Avenir du Congo (ACO), il estime que la date du 8 août 2018 marque d’une pierre blanche l’histoire du Congo.

« Je salue ce jour du 8 août 2018 qui marque d’une pierre blanche l’histoire de la RDC dans la lutte pour le respect de la Constitution, spécialement dans son volet électoral et du mandat à la Présidence de la République », dit-il.

Appel à la vigilance

Dans sa clandestinité, Léonie Kandolo du Comité Laïc de Coordination (CLC) a appelé le peuple à la vigilance.
« La désignation d’un dauphin est une grande victoire… mais restons vigilants car ce n’est pas la garantie des élections transparentes et inclusives », a–t- elle martelé. Rompant son silence, Carine Katumbi, l’épouse de l’opposant en exil Moïse Katumbi, rend également hommage aux martyrs de la lutte pour l’alternance.

Pour l’opposition  congolaise, il s’agit d’une victoire  arrachée de haute lutte dix-neuf mois après l’expiration officielle du second mandat de Joseph Kabila (fin 2016). « Il a fini par céder aux pressions venues de toutes parts, du peuple congolais, de nos voisins, de la communauté internationale. Mais nous n’accepterons pas des élections qui ne soient pas crédibles », a prévenu Martin Fayulu, président du parti EciDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement) et candidat à la présidentielle.

 Malgré la désignation du dauphin par Kabila, les opposants au régime et les organisations de la société civile continuent à réclamer « des mesures de décrispation politique » par la libération des militants emprisonnés au cours des deux dernières années ou le retour de ceux contraints à l’exil.

Pour la société civile de la RDC, le fait que Kabila ait finalement désigné un dauphin n’est pas un cadeau fait à la nation. Seul acte qui peut détendre l’atmosphère politique  selon Christopher Ngoyi Mutamba, coordonateur national de la Société civile de la RDC, est la mise en application de l’Accord du 31 décembre 2O16 et la Résolution 2409 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La Société civile de la RDC continue à s’opposer à la machine à voter, à la confiscation des mass-médias par une seule famille politique et dénonce l’instrumentalisation de la justice pour écarter d’éventuels rivaux politiques.

Donc, pour Christopher Ngoyi Mutamba et Jean Bosco Puna, le fait que Kabila ne se représentera pas aux prochaines élections ne signifie pas qu’il a respecté l’Accord de la Saint Sylvestre. Loin de là. Les ONG des droits de l’homme qui ont été en première ligne contre un éventuel troisième mandat du président Kabila, se félicitent de la désignation du dauphin, tout en s’inquiétant des sanctions qui pèsent sur Shadary.

« Nous avons pris acte de sa désignation, mais nous relevons aussi le fait qu’Emmanuel Shadary est sous le coup de sanctions internationales, notamment de l’Union européenne, du fait de son implication dans des répressions de manifestations publiques, ce qui nous préoccupe beaucoup », a expliqué Me George Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ).

Human Rights Watch a souligné le fait que Joseph Kabila « ne tentera pas de briguer un troisième mandat inconstitutionnel en décembre comme un premier pas. Cependant, nous sommes encore très loin d’un processus électoral crédible, et beaucoup de choses peuvent se passer d’ici à décembre, y compris des délais supplémentaires », a mis en garde Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch.

Elle a souligné la «répression violente du gouvernement qui se poursuit sans relâche», le fait que Moïse Katumbi ait été empêché d’entrer dans le pays pour déposer sa candidature, les débats autour de la machine à voter ou encore le fait que «la commission elle-même et les tribunaux du pays semblent être sous le contrôle total de Kabila ».

Ida Sawyer a appelé enfin les partenaires régionaux et internationaux de la RDC «à exercer une pression forte pour que le pays connaisse une transition véritablement démocratique et pour prévenir davantage de répression et d’effusion de sang dans les mois à venir».

Le maintien au pouvoir de Joseph Kabila après l’expiration de son deuxième et dernier mandat constitutionnel fin 2016, avait aggravé la crise politique qui secouait la République démocratique du Congo depuis plusieurs années déjà. Son retrait de la course à la prochaine présidentielle devrait calmer les tensions et ouvrir une nouvelle ère pour le pays, a noté Ida.

Une première bataille de gagnée

Une satisfaction mais de la prudence aussi du côté du Comité laïc de coordination (CLC), qui se préparait déjà pour des journées d’actions contre une éventuelle candidature du président Kabila. « C’est une première partie qui est gagnée parce qu’il s’agit d’un processus.

Nous sommes satisfaits que le président Kabila ait respecté la Constitution et l’accord de la Saint-Sylvestre pour son troisième mandat », a déclaré Jonas Tshiombela, porte-parole du CLC.  « Mais ce n’est pas tout le combat. Ce n’est qu’une bataille qui est gagnée. Il y a une partie qui reste à gagner, et nous appelons toute la population à plus de mobilisation », a-t- il dit.

Par GKM

*

*

Monter

Login

Lost your password?