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Relevé de ses fonctions par le Gouverneur a.i.du Kongo Central : Le ministre provincial Pierre K. Nsalambi donne sa version des faits

gouvernorat kongo central photo prise par Erick Ks

Après son limogeage de son poste de ministre provincial des Finances  par le Gouverneur intérimaire  du Kongo Central, le ministre Pierre Kabangu Nsalambi a rompu le silence hier jeudi. Au cours d’un point de presse tenu dans la ville portuaire de Matadi, chef-lieu du Kongo central, Pierre Kabangu Nsalambi a donné sa version des faits qui démontre le caractère arbitraire de la sanction prise contre lui.

« J’ai reçu divers conseils allant dans tous les sens. Finalement, en toute responsabilité, je me suis décidé de m’adresser maintenant au public, par le biais de la presse, pour donner ma version des faits », a-t-il déclaré en introduction de son point de presse.
Refusant de se mettre  à la défensive, le ministre provincial Pierre Kanagu Nsalambi a tenu d’emblée à faire remarquer qu’il « voudrait tout simplement éclairer la lanterne de l’opinion publique sur les péripéties  qui ont entouré son « relèvement de fonctions ». Et d’ajouter : « je vais le faire sans passion ni état d’âme ».

Selon lui la question qui les a divisés, lui et son Collègue de l’Intérieur faisant l’intérim du Gouverneur momentanément empêché et moi, est celle de la nomination d’un Directeur Général et d’un Directeur Général Adjoint à la Direction Générale des Recettes du Kongo Central, DGR/KC en sigle.

En effet, en date du 31 octobre 2019, le Gouverneur Intérimaire a invité le ministre provincial des Finances Pierre Kabangu Nsalambi pour contresigner deux arrêtés portant respectivement abrogation de l’arrêté nommant un chargé des missions et nomination d’un Directeur Général et Direction Générale Adjoint.

 La pierre d’achoppement

« A ce sujet, j’ai échangé avec lui sur une démarche que j’ai estimée rationnelle à mon avis :

1.    Terminer d’abord la restructuration de la DGR/KC et procéder ensuite à la nomination de ses animateurs, étant entendu que ces derniers devraient occuper des postes organiquement prévus ; surtout qu’il n’y avait pas péril en la demeure;

2.    Nous rassurer que son statut lui permet de prendre un acte de disposition pour que cela ne nous rattrape pas », a déclaré l’orateur avant d’ajouter :.

Toutes mes deux propositions n’ont pas rencontré l’assentiment de Monsieur le Gouverneur intérimaire, surtout la deuxième qu’il a prise pour un mépris à son pouvoir ». Et d’ajouter : « Mais, j’informe l’opinion publique, avec humilité et insistance, que ce n’était pour moi qu’une précaution de recourir aux instances habilitées pour répondre à cette préoccupation en amont au lieu d’être surpris par diverses réactions de l’opinion après la signature ».

Finalement, après un petit échange avec lui, le ministre provincial des Finances dit avoir contresigné les arrêtés dont question, dans les circonstances qu’il n’a pas voulu évoquer au cours du point de presse, avec une recommandation : celle d’amener le dossier au Conseil des Ministres. Car, a-t-il encore précisé, cette question était déjà traitée en Conseil des Ministres et que celui-ci avait recommandé qu’avant toute nomination, le rapport du chargé des missions lui soit d’abord présenté.

Des surprises

A la première grande surprise du ministre des Finances, les arrêtés signés lui seront transmis avant la tenue du Conseil des Ministres avec ordre de les notifier en urgence. Le lendemain, il recevra curieusement la visite d’un monsieur qui s’est présenté comme le Directeur Général nommé et qui venait chercher sa notification sur instruction du Gouverneur intérimaire.
Croyant fermement que le Conseil des Ministres était l’organe habilité à résoudre cette question, surtout qu’il s’était déjà prononcé sur celle-ci, le ministre des Finances aujourd’hui relevé de ses fonctions a répondu au prétendu nommé qu’il aurait sa notification après le Conseil des Ministres.

En lisant les arrêtés lui transmis, Pierre Kabangu Nsalambi dit y avoir  relevé des irrégularités graves,  qu’il ne fallait pas faire passer,  ne serait-ce, pour l’honneur du Gouvernement Provincial ».
« Avec raison, en posant les problèmes au Conseil des Ministres, tous les membres, après examen, étaient unanimes qu’il fallait d’abord régler ces irrégularités avant la notification. Le Conseil m’a ainsi recommandé de prendre en compte toutes les irrégularités, d’intégrer les différentes suggestions formulées et de présenter un nouveau projet d’arrêté pour adoption et éventuellement signature ».
A cet effet, le Ministère dirigé par Pierre Kabangu Nsalambi a préparé une synthèse de la restructuration de la DGR/KC et un projet d’arrêté amendé.

Malheureusement, le premier Conseil des Ministres qui devait se pencher sur le dossier n’a pas eu lieu faute de quorum. Toutefois, quoiqu’étant malade, le ministre des Finances a rencontré le Gouverneur intérimaire pour lui dire qu’il était prêt et que l’on pouvait reprogrammer ce point au prochain Conseil des Ministres. Mais le gouverneur a.i. lui rétorqua que les services de sécurité lui auraient dit qu’il trompait et qu’il n’était pas malade.

« Je croyais personnellement que la question allait être reprogrammée et traitée afin de la vider immédiatement au Conseil des Ministres. Chose qui n’a pas été faite. Au contraire, quand on s’est vu le samedi 16 novembre 2019, il me dira qu’il avait préféré porter la question au Conseil Provincial de Sécurité qui, à la suite, aurait pris des décisions dont celle de me relever de mes fonctions », a déclaré le ministre limogé au cours de son point de presse.

Des irrégularités relevées

« Donc, le Conseil de Sécurité, je dis bien le Conseil de Sécurité et non le Conseil des Ministres,  aurait décidé que ces arrêtés, nonobstant leurs flagrantes irrégularités, soient notifiés sans aucune forme de procès. J’étais donc pris en tenaille entre la décision du Conseil des Ministres, organe habilité, et celle du Conseil Provincial de Sécurité, organe dont je ne suis pas membre, me transmise verbalement par Monsieur le Gouverneur intérimaire ». Et d’ajouter :

Après mûres réflexions, j’ai conclu qu’il fallait que le Conseil des Ministres soit informé de la décision du Conseil Provincial de Sécurité m’intimant l’ordre de notifier les arrêtés irréguliers au mépris des résolutions du Conseil des Ministres ».
Dans la recherche des solutions concertées, Pierre Kabangu Nsalambi dit avoir  même utilisé deux de ses proches collaborateurs pour  faire comprendre au Gouverneur a.i la pertinence de son approche. C’est dans ce contexte qu’il leur a fait  deux propositions :

1.    Soit exécuter les résolutions du Conseil des Ministres et donc signer un nouvel arrêté amendé ;

2.    Soit se soumettre à la logique du Conseil Provincial de Sécurité et donc notifier lesdits arrêtés avec leurs flagrantes irrégularités.
Selon l’orateur, il ne voulait pas se soumettre à la logique du Conseil Provincial de Sécurité sans l’avis du Conseil des Ministres sur la question, car il venait d’apprendre qu’il y avait déjà une question orale avec débats au niveau de l’Assemblée Provinciale au sujet dudit arrêté, aussi une plainte au Parquet Général près la Cour de Cassation.

Aussi espérait-il qu’à l’issue de ces nouvelles tentatives d’approchement, le Gouverneur intérimaire convoquerait un Conseil des Ministres où la question allait être vidée le plus rapidement possible, car déjà bien préparée à son niveau. Et comme le Conseil Provincial de Sécurité avait déjà décidé de l’inviter lundi pour lui demander de notifier l’ancien arrêté, le ministre des Finances voulait que le Gouverneur intérimaire comprenne le bien fondé de sa démarche à travers ses collaborateurs.
« Je me suis présenté à cette invitation. Malheureusement, le Gouverneur intérimaire me demandera de rentrer, car à mon arrivée vers 10 heures 30,  les membres du Conseil Provincial de Sécurité étaient déjà repartis, estimant que j’étais en retard », a déclaré l’orateur devant la presse.

Selon lui, le Gouverneur Intérimaire a promis de le rappeler, si le Conseil Provincial de Sécurité estimait que cette séance était encore nécessaire. Il lui a toutefois rassuré que, de son côté, il était prêt avec les deux scénarii : la notification de l’ancien arrêté sans correction des irrégularités ou la présentation du nouvel arrêté amendé.

A sa deuxième grande surprise, pendant qu’il attendait soit une autre invitation selon le vœu du Gouverneur intérimaire pour qu’il éclaire le Conseil Provincial de Sécurité, soit un Conseil des Ministres pour requérir ses avis, Pierre Kabangu Nsalambi apprendra par la voie des ondes, le lundi 18 novembre 2019 vers 22 heures, son relèvement des fonctions du Gouvernement Provincial. « Je me demande, pourquoi on ne veut pas que les choses se fassent correctement? Que cache donc cette précipitation ? Mais surtout,  pourquoi déplacer le centre des décisions, du Conseil des Ministres au Conseil Provincial de Sécurité ? » Autant de questions que le ministre limogé a soulevées devant la presse.

Curieusement le lendemain, il a suivi une déclaration, à la RTNC Kongo Central, félicitant le Conseil Provincial de Sécurité pour la prise de décision. « Et quand nous voyons de quelle obédience politique est l’auteur de cette déclaration, dans l’entourage de quel politicien on le voit, nous avons compris d’où venait le coup. Suivez mon regard ». a ajouté le ministre provincial limogé.
Selon lui, c’est ce qui pousse la population à se demander si c’est  Mbanza-Ngungu qui est visé ou la chasse à l’homme qui commence. « Je ne veux pas aller loin, comme je l’ai dit, il n’est jamais trop tard pour mieux faire ».

Dépassionner le débat

« A ce stade, comme vous l’avez d’ailleurs constaté,  je ne voudrais pas parler en détails des irrégularités relevées dans les arrêtés qui  nécessitaient correction. Tout ce que je puis vous dire c’est  qu’elles ont trait à l’éthique et à l’authenticité des actes. Je ne critique encore rien, car mon objectif pour le moment, est d’éclairer la lanterne de l’opinion publique. Il n’est jamais trop tard pour mieux faire », fait encore remarquer le ministre relevé de ses fonctions.

En homme d’Etat, Pierre Kabangu Nsalambi trouve que la Province a déjà assez de problèmes pour en créer d’autres, au risque de tomber dans l’erreur immortalisée par un proverbe kongo qui dit : nzundu yi sidi kua baleke, yikumini ya tetela nkandi. Entendez, la pierre qui nous aide à aiguiser les outils de travail (un bien précieux), légué aux enfants, ils en font mauvais usage.

Face à cette situation, le ministre des finances limogé invite tout congolais, tout Né-Kongo à dépassionner les débats et à analyser objectivement la situation qui prévaut dans la Province du Kongo Central. Selon lui, il ne faut pas créer un précédent malheureux, au profit de la légalité et de l’Etat de droit.  « Voilà pourquoi, j’appelle la population de la Province en général et en particulier celle de Mbanza-Ngungu, ma circonscription électorale, au calme.

Je fais confiance au Gouvernement Provincial et à son animateur par intérim. Je répète qu’il n’est jamais trop tard pour mieux faire et que tous, n’avons pas intérêt à créer d’autres crises artificielles qui viendront s’ajouter à celles que nous avons déjà », a conclu le ministre provincial limogé.

Par O. Bilonda /CP

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