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Politique de la canonnière pour une présidence à vie

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Politique de la canonnière pour une présidence à vie

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Enjeux et calculs politiciens en RDC

Les déclarations d’intention que font à l’envi les hiérarques de la mouvance présidentielle sont à tel point contradictoires et désinvoltes qu’elles laissent planer un doute dans les esprits quant à leur détermination à respecter la Constitution, de même qu’en ce qui concerne le départ de Joseph Kabila à l’échéance de 2016.

Les propos tels qu’on n’est pas là pour comploter contre la République ni contre la Constitution ; Joseph Kabila respectera la Constitution et passera le témoin de manière civilisée ; ceux des acolytes obscurs et obséquieux du sérial qui font sans pudeur la croisade en faveur du maintien de Joseph Kabila au pouvoir à vie, en le gratifiant d’un mandat illimité à partir de 7 (sept) ans purement symboliques en 2016, par des discours médiatiques et une pétition initiée à cette fin et pour laquelle on se mettrait déjà à la collecte des signatures ; de tels propos et gestes visiblement contrastants et légers ne sont pas du tout rassurants.

Il faut ajouter à tout cela – circonstance aggravante – l’harmonie étrange entre l’échéancier établi par Apollinaire Malu Malu de la CENI et le point de vue déjà solennellement exprimé par Joseph Kabila et sa plate-forme politique concernant l’élection des députés provinciaux et des sénateurs respectives au second et au troisième degré par les conseillers locaux de base, au lieu du suffrage universel direct décrété par la Constitution.

Le contraste et la légèreté de ces gesticulations traduisent les états provoqués dans les hautes sphères officielles par l’ampleur du concert des voix qui retentissent de l’intérieur comme de l’extérieur, mettant en garde contre toute tentative téméraire de modifier la Constitution ou de contourner l’échéance de 2016 rien que pour aider Joseph Kabila à s’accrocher au pouvoir au-delà de sa présente seconde mandature finissante.

Mais les dirigeants et les politiciens de la plateforme régnante sont sourds au grondement de l’orage, aveugles aux signaux lumineux prémonitoires des barricades.

Le communiqué de presse lu par le porte-parole de la mouvance présidentielle à l’issue à la réunion de ses apparatchiks, réunion consécutive à la dernière rencontre de Kingakati, souligne que la famille politique du chef de l’Etat souscrit à l’échéancier établi par Apollinaire Malu Malu, notamment l’élection des députés provinciaux et des sénateurs au second et au troisième degré par les conseillers locaux de bas.

Les caciques de la cour sont persuadés que cette violation de la Constitution passera comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale où ils disposent d’une majorité numérique prépondérante.

Obsession de recourir à la force

Comme ils ne jurent tous plus que par leur autorité morale qui a déjà annoncé solennellement la couleur, ils sont libres de dormir sur leurs deux oreilles, car tout marchera alors comme sur des roulettes.

Ils vont vite en besogne gonflés à bloc, ne s’imaginant pas un seul instant que la perche que tend Apollinaire Malu Malu est certainement le pavé de l’ours dont ils ont tort d’être prématurément fiers.

Lui-même déjà un personnage vivement controversé et désavoué par la majorité de la classe politique et de la société Civile, Malu Malu a énervé davantage les esprits en établissant un échéancier électoral qui sous-entend astucieusement la violation de la Constitution par la modification implicite du mode d’élection des députés provinciaux et des sénateurs.

Il prête sciemment la main à la politique de la canonnière utilisée par les courtisans du sérial pour confisquer le pouvoir à jamais et perpétuer le règne de l’arbitraire, de l’injustice et de la médiocratie.

Ce sont là des enjeux et calculs politiciens immoraux et dangereux. Ils se trompent lourdement en comparant la RDC à d’autres pays africains, s’exclamant pourquoi et comment Joseph Kabila serait l’exception et devrait s’en aller après deux mandats au lieu de s’éterniser au pouvoir à l’instar de tous ces autres dirigeants africains d’aujourd’hui comme d’hier.

C’est ça leur obsession.

C’est cette obsession qui est le fil conducteur du recours à la force et à tous les moyens déloyaux et machiavéliques pour atteindre l’objectif.

Apollinaire Malu Malu et la majorité parlementaire de la mouvance présidentielle sont des instruments mis en œuvre pour le tournage du film et la mise en scène d’un complot contre le pays et contre la démocratie.

Mais il y a des forces patriotes et nationalistes qui travaillent à leur façon pour empêcher d’accomplir leurs desseins diaboliques. Il y a de l’orage qui gronde déjà à l’horizon.

Ni en 2006 ni en 2011 on n’avait pressenti un climat chargé d’effervescence et de menaces d’éclatement d’une nation comme c’est le cas aujourd’hui en prévision de l’échéance de 2016.

Ceux qui étaient résolus à gouverner par défi sont arrivés à leurs limites, se singularisant désormais par l’inauguration des chrysanthèmes en guise d’activités officielles.

Le tissu social est de plus en plus à des déchirements épouvantables dont ne semblent pas se rendre compte ceux qui sont au pouvoir.

Apparemment, tous ces politiciens adulateurs de la cour du prince donnent l’impression d’être dévoués à Joseph Kabila ; mais en réalité ce sont de faux jetons qui se donnent en spectacle et poussent des coups de gueule pour se ménager leur propre bifteck en se retranchant derrière le pouvoir de Kabila.

Mauvais anges des dictateurs

Ce sont des adulateurs habitués à vivre d’aventures politiques, capables de s’insinuer dans la confiance des despotes qui les écoutent, et ont besoin d’eux pour les aider à raffermir leur pouvoir absolu en matière d’oppression et de répression.

Des personnages dangereux, immoraux, sans scrupules, sans dignité. Ils sont les mauvais anges des dictateurs, qu’ils trompent, trahissent, renient et lâchent aussitôt qu’ils sentent le vent tourner autrement.
Naguère mobutistes, ils se sont convertis facilement au kabilisme. Le système d’autrefois et celui d’aujourd’hui sont identiques, mais différents seulement d’étiquettes.

Les méthodes de travail et les tares restent les mêmes. Mensonge, corruption, violence. En 2011, on avait prétexté le manque le ressources pour ramener le scrutin présidentiel à un seul tour.

Cette fois-ci pour 2016, on invoque le même prétexte pour justifier la modification arbitraire du mode d’élection des députés provinciaux, des sénateurs et des gouverneurs de province, du suffrage universel direct au suffrage indirect par les conseillers locaux de base.

Une façon de contourner le fameux article 220, mais l’objectif reste le même. C’est une modification de la Constitution envisagée via l’assemblée nationale et le referendum.

Toutefois, la partie immergée de l’iceberg est l’instauration d’une présidence à vie moyennant toutes ces astuces. Le tour sera ainsi joué ! L’avenir seul permettra de juger de l’efficacité de toutes ces manœuvres pernicieuses.
Par Jean N’Saka wa N’Saka/Journaliste Indépendant

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