Guerre des corridors : la Chine réplique à l’axe Lobito par la modernisation du TAZARA
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Par Armando Mananasi
La compétition pour le contrôle des voies d’exportation des minerais stratégiques congolais prend une nouvelle dimension. Les géants miniers chinois Zijin Mining et CMOC, qui dominent une part substantielle de la production de cuivre et de cobalt en République Démocratique du Congo, viennent de confirmer leur participation au projet de revitalisation du corridor ferroviaire TAZARA. Ce mouvement stratégique, soutenu par Pékin, se présente comme une réponse directe au corridor de Lobito, activement développé par les États-Unis et l’Union européenne.
En effet, le programme de modernisation du TAZARA repose sur une enveloppe globale de plus d’un milliard de dollars pour la réhabilitation des infrastructures, complétée par 400 millions de dollars dédiés au matériel roulant. Dans ce montage financier, la China Civil Engineering Construction Corporation conserve une part majoritaire de 80 %, tandis que les opérateurs miniers CMOC et Zijin s’octroient chacun 5 % du capital. Cette implication des producteurs eux-mêmes dans la gestion du rail témoigne d’une volonté de sécuriser l’évacuation des minerais vers l’Océan Indien, consolidant ainsi l’influence chinoise face aux initiatives occidentales sur l’Atlantique.
L’enjeu des minerais critiques au cœur du duel
La force de frappe des groupes chinois dans ce projet s’appuie sur leur poids réel dans l’économie minière congolaise. CMOC, via ses filiales Tenke Fungurume et Kisanfu, a exporté près de 22 % de la production nationale de cuivre en 2025. De son côté, Zijin détient une part majeure dans le complexe de Kamoa-Kakula, responsable de 12 % des exportations du pays. En investissant dans le TAZARA, ces acteurs verrouillent leurs propres circuits d’évacuation alors que la demande mondiale pour le cobalt et le cuivre explose.
Face à cette initiative, Washington et Bruxelles accélèrent le développement du corridor de Lobito. Cette route de 1 740 km reliant la Copperbelt au port angolais reste, selon les experts de l’Institut fédéral des géosciences (BGR), l’itinéraire le plus performant. il sied de noter qu’un trajet vers Lobito, en Angola, ne nécessite que 5 à 8 jours, là où le port de Dar es Salaam, en Tanzanie, débouché naturel du TAZARA, exige encore plus de 30 jours de transport. Toutefois, cet avantage compétitif pourrait s’éroder si la rénovation du réseau ferroviaire oriental parvient à réduire significativement les délais actuels.
L’accord fragilisé par les producteurs
L’accord stratégique signé en décembre 2025 entre les États-Unis et la RDC impose pourtant des quotas stricts, prévoyant que la moitié du cuivre et la quasi-totalité du zinc des entreprises publiques transitent par Lobito d’ici cinq ans. Malgré ces engagements politiques, des fragilités subsistent. Hormis Kamoa Copper, qui a expédié ses premières anodes via l’Angola au premier trimestre 2026, peu d’opérateurs ont encore formalisé un usage massif de cet axe. Le succès de Lobito dépendra donc de sa capacité à offrir une compétitivité réelle face à un TAZARA désormais soutenu par les principaux producteurs miniers du pays.








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