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Dans une lettre ouverte : Bernadette Tokwaulu demande à l’UE le maintien des sanctions contre Shadary et consorts

Bernadette TOKWAULU

Madame Bernadette Tokwaulu Aena, ancienne haut cadre de la Société Nationale d’Electricité (Snel) et ancienne cadre de la Majorité présidentielle, passée depuis à l’opposition appelle, dans une lettre ouverte adressée à l’Union européenne,  au maintien des sanctions contre le candidat du FCC à l’élection présidentielle  et d’autres personnalités congolaises, indexées suite à leur implication présumée dans la brutale répression des manifestations pacifiques des opposants à un troisième mandat de Joseph Kabila.
Lettre ouverte à l’Union européenne

Mesdames, messieurs

Je m’appelle Bernadette Tokwaulu AENA. Je suis une femme célibataire de 57 ans, mère de trois enfants. Je suis congolaise, juriste, écrivain et princesse lokele wa Lobanga wa yalotcha ! Je demande le maintien des sanctions financières et restrictions de voyage contre Messieurs Shadary et consorts.

Lorsque Monsieur Shadary était ministre de l’Intérieur, la police nationale (PNC) s’est livrée à une répression sanglante des manifestations pacifiques. La police a fait un usage illégal, injustifié et disproportionné de la force létale. Cette répression a occasionné des morts sur l’ensemble du territoire national.

Cette répression était totalement contraire  aux standards internationaux repris dans le code des Nations-Unies sur le recours à la force et à l’utilisation des armes à feu(1). Ces principes sont repris dans la législation congolaise sur l’encadrement du recours à la force par la police. Dans ces conditions, la responsabilité du ministre de l’Intérieur, des responsables des services de sécurité et de la police est totalement engagée.

La RDC est devenue la caricature mondiale de la violation des droits de l’homme, au point où les tueries, exécutions extrajudiciaires, privation de liberté, viols sont perçus par la communauté internationale comme le quotidien « normal » des Congolais. En effet, comment s’expliquer que  l’Union européenne puisse s’interroger sur le maintien ou non des sanctions dans la patrie de la violation des droits de l’homme ! Est-ce à dire que toutes les victimes doivent être passées au compte pertes et profits, puisse qu’il est impossible de les ressusciter ? Les victimes ont droit à la justice.

Si  l’Union européenne peut faire abstraction de tous ces morts, peut-elle faire abstraction des Congolais encore vivants ? La levée des sanctions contre Monsieur Shadary et consorts signifie que l’Union européenne va cautionner l’impunité en RDC. Si  l’Union européenne consacre l’impunité au niveau des animateurs de nos institutions, à tous les échelons de notre société les violations  des droits de l’homme vont continuer à être perpétrées.

Récemment, Hyacinthe Kibamfu et son camarade Rodrigue Eliwo Monga ont été abattus au campus de l’Université de Kinshasa par la police au cours de ce qui aurait dû être une simple opération de maintien de l’ordre. Les  étudiants manifestaient pour mettre la fin à la grève des professeurs, qui eux-mêmes revendiquaient  de meilleurs salaires. Il apparait ainsi qu’en dépit des sanctions sur les prédécesseurs, les ministres de l’Intérieur et les hiérarchies de la police n’ont toujours pas compris qu’ils portent la responsabilité des interventions de la police dans le respect des principes de légalité, précaution, nécessité proportionnalité et responsabilité. Si par exemple les autorités laissent la police intervenir avec des armes de guerre AK 47, comment s’étonner qu’elle en fasse usage ?

Nous rappelons ces principes, quoiqu’en notre  qualité de personnalité de l’opposition, nous  restons persuadée que le pouvoir sans légitimité depuis le 19 décembre 2016 a la volonté de terroriser la population pour continuer à s’imposer par la force. Nous, peuple congolais, vivant dans la peur, l’intimidation, l’instrumentalisation de la justice, des services de sécurité. , le racket par la police, les magistrats au quotidien.

Maintenir les sanctions sur des personnalités aussi puissantes que Monsieur Shadary et consorts est un message fort pour tous les policiers, officiers, inspecteurs judiciaires, magistrats, agents des services de renseignement qui pour des motifs de survie  et par la corruption commettent  des violations des droits de l’homme au quotidien sur la population.

Le message est le suivant « si ces intouchables sont sanctionnés, nous aussi pourrions l’être un jour ».
Si le calvaire quotidien des Congolais vous importe peu, songez que des étrangers casques bleus, deux experts des Nations-Unies, Zaïda Catalan et Michael Sharp  sont morts, victimes de l’incurie du régime dans le maintien de l’ordre et du chaos instauré.

Si seule la politique intérieure de l’Union européenne vous préoccupe, sachez que nos enfants congolais font parties des milliers d’Africains qui gonflent  les chiffres de l’immigration que l’Union européenne n’arrive plus à maitriser. Nos enfants  ont droit à la vie. Leur vie étant menacée en RDC, ils se réfugient là où ils sont en sécurité : chez vous.
N’expulsez plus nos enfants vers la RDC, patrie de la violation des droits de l’homme.

Nous vous demandons de maintenir les sanctions contre monsieur Shadary et consorts.
Salutations distinguées

Bernadette Tokwaulu AENA
Écrivain

06/12/18

(1) https://www.ohchr.org/Documents/Countries/CD/BCNUDH-UnlawfulUnustifiedUseofforce_jan2017-jan2018.pdf

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