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Massacres de Beni : les députés nationaux du Nord-Kivu accusent le président Kabila

Les membres du bureau de l’Assemblée nationale au palais du peuple à Kinshasa, le 31/05/2017 lors de la présentation du budget 2017 par le Premier ministre, Bruno Tshibala. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Treize députés nationaux du Nord-Kivu ont signé mercredi 18 avril une déclaration politique s’insurgeant contre l’attitude de la Majorité présidentielle et du président Joseph Kabila au sujet des massacres des populations civiles à l’est de la République démocratique du Congo.

Le Nord-Kivu est le théâtre depuis de nombreuses années de violences de la part de groupes armés politico-mafieux rivaux. Mais le cas particulier de la région de Beni a attiré l’attention: depuis 2014 y ont lieu des massacres de civils (qui ont fait plus d’un millier de morts et près de 200.000 déplacés) mais, contrairement à d’autres régions du Kivu, où une milice d’une ethnie attaque des civils d’une autre ethnie pour des raisons de contrôle de territoire, à Beni on distingue mal les raisons de ces tueries.

Elles sont attribuées par les autorités congolaises à la rébellion ougandaise des ADF, qui s’est installée depuis des années dans cette région Nande, sans que l’on puisse savoir pourquoi cette « vieille » rébellion serait soudain passée aux massacres, qui ne sont accompagné d’aucune revendication.

Le général « Mundos » accusé

En mai 2016, un rapport d’experts de l’Onu accusait le général Charles Muhindo Akili, dit « Mundos » – ancien de la Garde républicaine du président Kabila nommé commandant de la région militaire du Grand Nord (Nord-Kivu) en septembre 2014, peu avant le début des massacres – d’avoir recruté, financé et armé des ADF pour qu’ils tuent des civils à Beni. En mai 2017, le général « Mundos » avait fait l’objet de sanctions de l’Union européenne pour cette raison.

En septembre dernier, un rapport du Groupe d’Etude sur le Congo, rattaché à l’Unversité de New York, l’accusait d’être co-auteur ou complice des principaux massacres de Beni. Le 2 février dernier, l’officier congolais avait été frappé de nouvelles sanctions, décrétées par l’Onu cette fois. Il n’a cependant pas été sanctionné par Kinshasa.

Lundi dernier, 16 avril, le président de l’Assemblée nationale, à Kinshasa, avait convoqué une plénière pour traiter la motion de défiance déposée contre le ministre de la Défense, Crispin Atama (PPRD, parti du Président) pour son incapacité à mettre fin « aux massacres des populations civiles à l’est du pays ». Or, comme c’est souvent le cas, une motion d’ordre émanant d’une députée de la Majorité a bloqué l’examen de cette motion de censure.

Blocage du contrôle parlementaire

Cette décision a suscité la colère des élus du Nord-Kivu qui soulignent que ce n’est pas la première initiative pour le « blocage du contrôle parlementaire en rapport avec les responsabilités à établir dans la protection et la défense des populations congolaises ». Le secteur de la Défense et de la Sécurité « ne doit pas continuer à rester en marge du contrôle parlementaire », soulignent les élus.

Ceux-ci ajoutent que « le fait, pour l’Assemblée nationale, d’étouffer tout débat public sur le massacre des populations congolaises notamment à Beni, Lubero, Rutshuru, renforce le sentiment d’abandon total d’une partie du peuple congolais, livré à l’holocauste (…) par les plus hautes institutions de la République ».

Kabila accusé d’ethnicisme

Mais ce n’est pas tout. Car les signataires s’inquiètent des « échos » de la rencontre du président Kabila avec des parlementaires de sa Majorité, juste avant la réunion de la plénière, échos qui « font état de propos stigmatisant le groupe ethnique Nande », majoritaire dans la région de Beni et dans le nord du Nord-Kivu. « Ces propos tenus par le chef de l’Etat plantent le décor d’un amalgame ethniciste dangereux, qui peut avoir des conséquences génocidaires dramatiques sur le terrain ».

D’abord parce qu’ils « opposent l’armée » à « une communauté ethnique »; ensuite parce qu’ils « sont de nature à susciter une révolte de l’opinion congolaise contre une communauté ethnique (les Nandes) ». Sans compter qu’ils « renforcent le sentiment du peuple meurtri de Beni, qui a toujours eu l’impression de faire l »objet d’une action punitive et destructive de la part du régime en place ».

Les drapeaux du PPRD subtilisés

Signe que les élus répercutent le mécontentement de la population du « Grand Nord »: la population a enlevé les drapeaux du parti présidentiel PPRD qui flottaient sur divers bâtiments de la ville. La Libre

Afrique / MCN

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