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Ebola : la mauvaise manipulation des dépouilles des victimes fait progresser l’épidémie

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Ebola : la mauvaise manipulation des dépouilles des victimes fait progresser l’épidémie

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Par N.T.

Plus de 80 % des nouvelles infections dues à la souche Ebola Bundibugyo en Ituri et au Nord-Kivu sont détectées en dehors des listes de contacts connues, signe que des chaînes de transmission échappent encore à la surveillance sanitaire, à alerté vendredi l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) lors d’un point de presse à Genève.

Les agences de l’ONU qui sont sur le terrain ont constaté qu’un geste profondément ancré dans les traditions funéraires locales risque d’alimenter la propagation du virus. Le transport des dépouilles entre différentes localités de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), afin de permettre que les victimes soient enterrées dans leur communauté d’origine, constitue un défi majeur pour les efforts de riposte, ont-elles averti.

Derrière chaque convoi funéraire se joue un délicat équilibre entre le respect des traditions et les impératifs de santé publique. Lors de ce point de presse, l’OMS a souligné la difficulté de concilier ces deux exigences.

 » Lorsqu’ils les malades d’Ebola meurent, les proches essaient de venir récupérer les corps et de les ramener dans leur propre communauté afin de leur offrir un enterrement digne, dans leur terre natale, ce que tout le monde souhaiterait faire dans n’importe quel autre contexte « , a expliqué le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier.

It/L’ampleur de l’épidémie inquiéte

Cette mise en garde intervient alors que l’épidémie est devenue la troisième plus importante jamais enregistrée. Elle progresse également plus rapidement que toutes les précédentes au cours de leur premier mois d’évolution.

À ce jour, 2.273 cas ont été recensés, dont 796 décès.  » À titre de comparaison, l’épidémie d’Ebola de 2018-2019 en RDC avait mis plus de dix mois pour atteindre les 2.000 cas confirmés « , a rappelé M. Lindmeier.

Pour les équipes de terrain, l’un des principaux défis consiste désormais à gagner la confiance des communautés. Les autorités sanitaires s’efforcent de convaincre les familles qu’il est possible d’organiser des funérailles dignes tout en respectant les protocoles de sécurité. Selon l’OMS, l’adhésion des populations est aujourd’hui aussi déterminante que les mesures médicales pour enrayer l’épidémie.

Deux tiers de décès surviennent dans les communautés

Environ deux tiers des victimes meurent au sein des communautés, sans avoir été prises en charge dans un établissement de santé.
Cette réalité complique considérablement la riposte. Le virus Ebola restant hautement contagieux après le décès, la gestion des dépouilles constitue un enjeu sanitaire majeur.
 » Si nous ne gérons pas correctement les corps, si nous n’impliquons pas la communauté… cela signifie qu’il y aura plus de propagation au sein de la population « , a averti Andrew Mbala, expert de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM).

Les équipes humanitaires ont déjà constaté les conséquences de ces pratiques. Selon M. Mbala, des résistances communautaires et même des agressions contre les équipes d’intervention ont été signalées lors de certains enterrements.

Il a notamment évoqué un incident dans la province de la Tshopo, où la manipulation d’une dépouille et un projet d’autopsie ont favorisé la propagation du virus vers une autre province, entraînant la confirmation de plusieurs nouveaux cas.

 » C’est précisément pour cela que nous travaillons tous d’arrache-pied, toutes les agences confondues, afin de limiter la propagation des cas et de mettre un terme à cette épidémie « , a-t-il ajouté.

Face à cette situation, l’OIM intervient dès qu’une dépouille est repérée le long d’un corridor de mobilité. L’agence alerte immédiatement les équipes de surveillance du gouvernement et de l’OMS, chargées des prélèvements et du dépistage.

Les équipes spécialisées dans la gestion des dépouilles prennent ensuite le relais pour accompagner les familles, sensibiliser les communautés et assurer des inhumations sécurisées afin de limiter les risques de transmission.

Si aucun transfert de corps vers un pays voisin n’a été signalé jusqu’à présent, l’OIM observe de nombreux déplacements de dépouilles à l’intérieur de la RDC.
 » Il n’y a pas eu de transfert de corps vers un autre pays, mais nous avons constaté de nombreux transferts de corps à l’intérieur du pays « , a indiqué M. Mbala.