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Carine Pala :  » Il n’existe pas de travail qui appartient exclusivement aux hommes »

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Carine Pala :  » Il n’existe pas de travail qui appartient exclusivement aux hommes »

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Couturière, styliste et modéliste, Carine Pala est un nom bien connu, particulièrement, dans le milieu de la mode congolaise. Elle est à la fois propriétaire d’un atelier de couture (la signature de l’élégance), artiste-comédienne au sein du groupe théâtre  »Salongo », présidente de l’Ong Losangania, chargée des Relation publique adjointe du Collectif des modélistes et stylistes du Congo (CMSCO) et initiatrice du Festival de la Mode africaine sur calendrier et catalogue (MACC).

Après avoir suivi une formation en reportage, animation radio et télé à l’Institut Congolais de l’Audiovisuel, Carine Pala est, à ces jours, productrice et présentatrice de l’émission  »Monzele », diffusée chaque mercredi sur la chaîne nationale. Mariée et mère d’un enfant, elle détient un diplôme en Nutrition-diététique et une formation en mannequinat. Cette femme nous a révélé qu’elle n’a pas encore fini de parfaire ses connaissances.

Neuvième d’une famille de dix enfants, elle fait la couture contre le gré de sa famille lui reprochant  de vouloir emprunter le chemin de la facilité d’un foyer où ses aînés (homme et femme) avaient fait de grandes études. Devenue un modèle dans son domaine, elle compte plusieurs récompenses, tout en participant dans diverses activités liées à la mode. En cette journée du 8 mars, elle réaffirme sa détermination à exercer le métier de sa passion, malgré l’opposition, et encourage les autres femmes aussi à matérialiser leur rêve.

La Tempête des Tropiques : Malgré l’opposition de votre famille, qu’est-ce qui vous a motivée à faire la couture ?
Mme Carine Pala : C’est mon don. Raison pour laquelle je ne pouvais pas y échapper. En tous cas, j’ai eu le goût du métier depuis l’école primaire. Je vous informe que même en classe, je ne cessais de dessiner des modèles et mes amies en témoignent jusqu’aujourd’hui.

Lorsqu’on nous annonçait la naissance d’une nièce ou d’un neveu, mon cadeau a été toujours un habit confectionné par moi-même. J’étais très exigeante dans le choix de mes vêtements (Cousus ou prêt à porter) parce que je voyais toujours de défaut à corriger. Ainsi, après avoir obtenu mon diplôme en Nutrition-diététique, je me suis tournée vers la couture. C’est en 1992 que j’ai suivi ma formation en Coupe et couture dans un Centre de formation dans la commune de Lemba.

Ensuite, j’ai commencé à exercer, dans un premier temps, dans la résidence de ma grande sœur sous la paillotte. Seulement, j’avais de la chance puisque ma famille me dota d’au moins huit machines, et c’était un bon élan. Dans le souci de me perfectionner davantage, j’étais partie à Abidjan, en Côte d’ivoire pour apprendre pendant une année durant.

LTDT : Comment vous êtes-vous retrouvée aussi dans le monde de théâtre ?

Mme CP : En fait, je ne dirais pas que ce fut un hasard parce que, pour nous les chrétiens, il n’existe pas de hasard. J’avais voulu suivre par correspondance, dans un pays africain, des cours dans le domaine de la mode. L’annonce a été faite dans le magazine féminin  »Amina ».

Pour en savoir plus, je devrais, grâce au contact de mon frère cadet, rencontrer le correspondant dudit magazine à Kinshasa. Une fois face à lui, il me proposera de faire le roman-photo parce qu’il avait apprécié ma taille. Chose que j’ai faite avec la permission de ma mère, le papa étant déjà décédé. C’est alors qu’un producteur africain me découvrira pour réaliser un film avec lui ne sachant pas que je n’étais qu’un amateur.

Finalement, j’ai décidé de faire le théâtre pour m’outiller, et grâce à une sœur du quartier, comédienne  »Mabelé », j’avais intégré le groupe  »Salongo ». Depuis, je combine la mode et le théâtre, c’est pourquoi je ne peux plus dissocier les deux passions. Pour être clair, c’est le théâtre qui m’a fait connaître aux yeux du public en tant que couturière. J’avais saisi l’opportunité pour faire ma propre promotion en ne portant que des habits pagnes, ma propre création.

LTDT : Vous êtes modéliste, d’où vous vient votre inspiration ?

Mme CP : Cela paraît un peu bizarre lorsque je l’explique aux gens. Comprenez que dans chaque domaine donné, Dieu donne toujours de l’inspiration. La mienne me vient en songe, et j’ai inlassablement mon carnet et mon bic, même pendant la nuit, afin de reproduire les modèles rêvés. La société aussi m’inspire puisqu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

LTDT : Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de votre métier ?

Mme CP : Il y en a plusieurs. D’abord, je dirais que les débuts ont toujours été difficiles pour s’affirmer. Mais il faut de la persévérance, savoir aimer son travail, bien accueillir les remarques et savoir le désir des clients. En plus, les coupures intempestives de l’électricité freinent l’évolution de notre travail. Nous sommes aussi beaucoup dérangés par des services de l’Etat concernant des documents. Cependant, nous continuons à nous battre pour aller de l’avant.

LTDT : Quel message lancez-vous pour la journée internationale de la femme ?

Mme CP : Je dirais aux femmes que nous devons nous élever pour apprendre, afin de faire fonctionner notre intelligence. Par exemple lorsqu’on parle de la parité que pouvons-nous faire d’ici 2030 pour que cela puisse devenir une réalité sur le plan professionnel.

Nous devons notamment capitaliser le thème développé chaque année au lieu de nous focaliser inutilement sur le port des pagnes. Celle qui est capable de se lancer dans tel ou tel autre domaine peut le faire sans aucun complexe parce qu’il n’existe pas de travail qui appartient exclusivement aux hommes. Selon moi, dans un foyer où les deux conjoints travaillent, il y aura de l’équilibre. J’encourage chaque femme à apprendre.

Ne dit-on pas qu’éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ? L’avenir de la nation ne pourra être meilleur que lorsque la jeunesse bénéficie d’un bon encadrement, œuvre d’une mère éduquée. Pour moi, si quelqu’un n’est pas encore mort, il peut toujours continuer à élargir ses connaissances. Personnellement, en tous cas, je n’ai pas encore fini d’apprendre parce que j’ai encore soit d’acquérir d’autres connaissances, à savoir : la réalisation et le montage.

LTDT : Que dire aux filles qui caressent le rêve de faire la couture mais rencontrent l’opposition de leur famille ?
Mme CP : Je les encourage à faire de leur rêve une réalité. J’en suis le témoignage pour avoir affronté le même problème avec ma famille qui pensait que la couture était un métier réservé aux idiots.

Je leur ai prouvé le contraire, puisque maintenant ma famille est fière de moi, et moi-même je suis contente d’entendre, de la bouche de certains responsables, d’être le modèle de leurs enfants. Les miens ont finalement appris que lorsque quelqu’un choisit une profession, le mieux à faire c’est de l’aider à réussir. Je dirais à ces filles de persévérer et de prouver qu’elles aiment leur métier.

LTDT : Vous avez plusieurs occupations. Comment faites-vous pour vous en sortir ? Votre mari vous soutient-il ?
Mme CP :  » Vouloir c’est pouvoir « , dit-on. Je sais tout simplement gérer mon temps. Je sais également décentraliser mes affaires même si je ne suis absente, la relève est assurée.

Par ailleurs, j’ai le soutien de mon mari. Il m’accompagne dans toutes mes tâches sans aucun problème. Je loue Dieu pour m’avoir donné un mari compréhensif d’autant plus que de nature j’aime travailler.

Propos recueillis par TANTIA SAKATA

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