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Légende inédite : Tshisekedi, l’homme des mercredis

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Légende inédite : Tshisekedi, l’homme des mercredis

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Destin ou coïncidence ? Je me pose la question et vous allez vous la poser certainement. Il y a un jour de la semaine qui pique ma curiosité dans l’histoire d’Etienne Tshisekedi. C’est le mercredi. Les autres jours sont bel et bien rentrés dans son parcours, parce que l’histoire on l’écrit à chaque instant. Mais le mercredi avait le sort de cet homme.

TshisekediComment expliquer que c’est le mercredi qui le donne au monde, et c’est encore le mercredi qui le retire de la terre ?
Le mercredi 14 décembre 1932 a donné au monde Etienne Tshisekedi. L’histoire d’une légende, d’un mythe, d’un opposant commence à cette date à Kananga. C’est un mercredi ordinaire qui n’a rien d’impressionnant. Est-ce la naissance d’un Moïse congolais ? Les faits semblent le confirmer plus tard surtout quand il s’oppose à la dictature de Mobutu.

Imaginez d’abord un pays où il était dit que personne ne pouvait porter la cravate, qu’aucune femme ne pouvait porter le pantalon, que tout le monde naissait membre du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), Parti Etat, que personne n’avait le droit de créer un autre parti…C’est comme si on était en Corée du Nord.

Tshisekedi EthienneC’est cela qu’ont vécu les Zaïrois dans les années 60 et 70. Tout doit changer. A la manœuvre, 13 Parlementaires (Tshisekedi est parmi) se décident, le 2 décembre 1980, d’écrire une « lettre ouverte au Président de la République ». La missive surprend le roi du Zaïre. Le mercredi 3 décembre 1980, ces treize membres du MPR sont aux arrêts.

Ils sont déchus de leurs mandats parlementaires et jetés en prison.  C’est un grand duel qui se déclare entre Joseph Désiré Mobutu et Etienne Tshisekedi. (Tshisekedi a, entre temps, volé la vedette aux autres Parlementaires). Cette arrestation de « mercredi » lui ouvrira une carrière d’opposant. Tshisekedi saisit sa chance. Il est encore sur la sellette, avec d’autres amis, du 15 février à mercredi 17 février 1982. L’homme et ses amis défient Mobutu en créant l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS).

Un concurrent du MPR ? C’est du jamais vu. Les fondateurs sont arrêtés et condamnés à 15 ans de prison ferme. Les jours suivants, c’est l’histoire de prison, violences physiques qui se répète contre Tshisekedi. C’est par exemple quand il est placé en résidence surveillée, à partir du mercredi 1er mars 1989. Quatorze mois au total doivent s’écouler jusqu’à sa libération le mercredi 25 avril 1990.

Il a vécu l’ordinaire de manière extraordinaire

Mais l’histoire récente du « sphinx de Limete » retient encore deux mercredis : un jovial et un autre triste. Nous sommes le 27 juillet 2016. C’est un mercredi. L’opposant regagne Kinshasa après deux ans passés en Belgique pour des soins médicaux. Je me rappelle encore cet accueil chaleureux lui réservé.

Plusieurs milliers de gens, qui arboraient différents drapeaux des partis politiques de l’opposition, s’étaient massés tout le long du boulevard Lumumba pour accueillir le président de l’UDPS. Jeunes et vieux, hommes et femmes avaient fait le déplacement, soit de l’aéroport de N’djili soit de la 10e rue où se trouvent la permanence de l’UDPS et la résidence d’Etienne Tshisekedi.

Quelle joie de retrouver ce grand politicien. L’espoir, à la Majorité présidentielle tout comme à l’Opposition, était de le voir jouer un rôle important dans les négociations politiques annoncées sur la question de la succession de Joseph Kabila, arrivé fin mandat. Les choses sont allées autrement. Le dialogue en question a connu son histoire.

Mais le mardi 24 janvier 2017, six mois après son retour à Kinshasa, Etienne Tshisekedi est rapatrié en Europe. La nuit du mardi 24 à mercredi 25 janvier, il la passe à Bruxelles pour des soins. Le dur, le point final de sa vie devrait être posé,  sur cette longue lettre, vieille de quatre-vingt quatre ans, le mercredi 1er février 2017.

Et comme me rappelle souvent un ami, « la vie d’un homme est une phrase inachevée dont le sens n’apparait clairement qu’à sa mort. Mais là encore avec des pointillés ». Etienne Tshisekedi en était une.

C’est donc un autre mercredi qui vient, cette fois-ci, retirer le baobab de la scène politique et en l’arrachant brutalement à l’affection de ses compatriotes. Celui-ci, fatidique et insupportable, emporte tout. Il avait sa mission : achever l’histoire des mercredis dans la vie du « Lidermaximo ».

Edouard Bajika /Trinitas FM

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