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Insécurité à l’est de la RDC: pression sur Kigali pour un cessez-le feu

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Insécurité à l’est de la RDC: pression sur Kigali pour un cessez-le feu

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Emmanuel Macron n’exclut pas des sanctions en cas d’échec du plan de paix élaboré à Luanda et à Nairobi
Par Carroll Madiya

En visite à Kinshasa, ultime étape de sa tournée africaine, le Président français, Emmanuel Macron, a rencontré son homologue congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Les deux chefs d’État ont tenu, Samedi 04 Mars au Palais de la Nation, une conférence de presse largement consacrée à la crise qui sévit dans l’Est de la RDC.

Réagissant sur les questions sécuritaires à la lumière de la guerre d’agression imposée à la RDC par le Rwanda via le groupe terroriste Mouvement du 23 Mars (M23), Emmanuel Macron a tenu à préciser la position de son pays. Selon lui, la France reste fidèle à son rôle d’allié indéfectible de la RDC pour défendre son intégrité et sa souveraineté.

Le numéro un français a adressé une mise en garde à Kigali et a appelé au respect de la nouvelle date du cessez-le-feu prévu ce mardi 7 mars 2023 à midi. Si ce plan échoue, Emmanuel Macron a prévenu que des sanctions pourraient alors être prises contre ceux qui ont des responsabilités.

Pour le locataire du Palais de l’Elysée, la France n’est pas porteuse d’une solution miracle. Il propose plutôt l’éveil collectif comme un des remèdes à la crise de l’Est. Il a plaidé pour une synergie d’efforts à l’international pour amorcer la désescalade en faveur de la paix, tout en exhortant l’Union Africaine, l’UE, les organisations sous régionales, les pays de la région, ainsi que les Nations Unies à s’impliquer davantage dans la dynamique de paix à l’Est de la RDC.

Emmanuel Macron a appelé chaque partie, y compris le Rwanda, à prendre ses responsabilités.  » La RDC ne doit pas être un butin de guerre. Le pillage à ciel ouvert de la RDC doit cesser. Ni pillage, ni balkanisation, ni guerre », a martelé le Président français, comme pour rassurer une opinion publique congolaise de plus en plus critique sur les initiatives françaises dans la région.

Appui au processus de paix de Luanda et Nairobi

Par ailleurs, le chef de l’Etat français a clairement exprimé le soutien de son pays aux processus de paix de Luanda et de Nairobi, avant d’émettre son optimisme sur le nouveau plan de paix régional assorti d’un nouveau calendrier de sortie de crise, validé lors du sommet de l’Union africaine de mi-février.  » Ceux qui s’en éloigneront auront une responsabilité écrasante et s’exposeront à la sanction de l’histoire », a-t-il averti.

Prudence et méfiance à Kinshasa

Pour son homologue congolais, Félix Tshisekedi, il doute encore de la bonne foi des agresseurs. Pour Kinshasa, c’est au travers dudit Plan, ou mieux, de son application, que les engagements de la France en rapport avec les sanctions éventuelles à infliger au Rwanda seront jaugés. Félix Tshisekedi s’est dit satisfait par ces déclarations, il a néanmoins prévenu :  » Tout ça n’est que de la théorie, j’attends de voir la pratique « , a-t-il estimé.

En termes d’actions allant dans le sens de promouvoir la paix et la stabilité dans l’Est de la RDC, la France, a indiqué Emmanuel Macron, sera le premier pays à répondre à l’initiative de l’UE visant la mise en place d’un pont aérien humanitaire à destination de Goma avec, en sus, plus de 34 millions d’euros d’aide humanitaire à débloquer incessamment.

Au chapitre électoral, le président Félix-Antoine Tshisekedi a exprimé son intention de voir les opérations d’enregistrement des électeurs couvrir l’ensemble du pays. D’où, son approche pour une aide au retour des déplacés dans leurs villages d’origine, quitte à déployer les kits électoraux dans les zones troubles après le retrait du M23, de sorte à éviter toute incidence malheureuse sur le calendrier.  » Il doit y avoir du respect dans la considération que nous avons les uns envers les autres. Nous n’avons aucunement l’intention de galvauder l’opinion de nos électeurs.

Le processus électoral est entamé, nous avons suffisamment tiré la sonnette d’alarme, pour dire que s’il y a risque des dérapages ce n’est pas à cause des autorités du pays ni des responsabilités de la CENI. C’est simplement dû au fait que nous sommes un pays agressé par le Rwanda, l’agression à laquelle d’ailleurs a fait suite un déplacement massif de la population, d’électeurs qui pouvaient être en ce moment, en train d’être enrôlés mais qui malheureusement ne peuvent pas, à cause du fait qu’ils sont loin de leurs bases. Et à cause de cela, nous risquons de prendre du retard dans l’enrôlement « , a rétorqué Félix Tshisekedi répondant à une question de la presse française sur le contour de son élection en 2018 qualifiée de compromis à l’africaine.

F. Tshisekedi interpelle les Occidentaux

Le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a profité de l’occasion pour inviter la France et l’Europe à adopter un regard différent sur l’Afrique en général et sur la RDC en particulier, en considérant les Congolais comme des vrais partenaires.
 » Quand il y a des irrégularités (dans des élections en Occident), on ne parle pas de compromis à l’américaine, à la française « , a-t-il ajouté en substance. Pour le Chef de l’Etat congolais, le regard paternaliste de la France doit changer car, la Françafrique n’existe plus.

 » Voilà ce que je voulais apporter comme précision pour dire ça aussi ça doit changer dans la manière de coopérer avec la France et l’Europe. Regardez nous autrement en nous respectant, en nous considérant comme de vrais partenaires et non toujours avec un regard paternaliste avec l’idée de savoir toujours ce qu’il faut pour nous. La Françafrique n’existe plus. Nous devons instaurer une politique égale à égale « , a martelé le Président congolais , Félix Tshisekedi.

Dans la même logique, le Chef de l’Etat congolais a averti que  » si la France veut être aujourd’hui en compétition avec tous les autres partenaires de l’Afrique, elle doit se mettre au diapason de la politique africaine et de la manière dont les peuples africains regardent désormais les partenaires de coopération ».

Notons qu’en marge de cette visite du Président Français en RDC , plusieurs accords et contrats de partenariat économique entre la RDC et la France ont été signés au Forum Economique RDC-France organisé à Kinshasa. Avec la RDC, la France entend donc répartir sur de nouvelles bases de coopération bilatérale comme en témoigne la conclusion de plusieurs accords stratégiques dans différents domaines (militaire, minier, numérique, sciences et recherches, culture et arts, etc).